Histoire et philosophie des sciences navales

En 2016, dans la cadre d’un Master en Histoire & Philosophie des Sciences et des Techniques (Master LOPHISS, ENS – Université Paris Diderot), Youri Guedj rédige un mémoire de recherche intitulé: L’ingénieur, le génie maritime et l’idée de progrès théoriques de l’architecture navale à l’aube du XIXe siècle.

Ce mémoire s’efforce essentiellement de trouver des réponses à la question suivante:

 

Quels sont les développements historiques dont l’architecture navale, telle qu’elle est enseignée aujourd’hui dans les écoles et pratiquée au sein des entreprises, représente l’aboutissement?

Autrement dit, comment en plus 180 000 ans de pratique de la construction navale, s’est-on efforcé de transformer un processus artisanal fondé sur les essais et expériences en une science éclairée par la connaissance des lois de la physique.

L’objectif est de comprendre à quelle période, dans quel contexte et par quels acteurs, ont été mis au point un ensemble d’outils géométriques, analytiques et expérimentaux destinés à prédire et optimiser les performances d’un navire avant qu’il ne soit construit.

Cette histoire est celle des Sciences Navales. Elle est intimement liée à la figure de l’ingénieur dont le rôle et la fonction se réorganisent au sein de la société Moderne.
Il s’agit donc, à partir de l’étude historique d’une science, de découvrir quelles sont les préoccupations, les enjeux et les espoirs des hommes qui ont été à l’origine de son progrès.

Si le sujet vous intéresse n’hésitez pas à me contacter pour récupérer le document dont voici le résumé.

Résumé

Les origines de l’art de la construction navale et de la pratique de la navigation remontent au début de l’entreprise humaine de conquête du globe depuis son berceau africain. La diversité des formes et des techniques de fabrication des embarcations rencontrées à travers le monde témoigne d’un développement étendu et ramifié, fondé sur l’expérience de la mer, la créativité technique et la tradition.

L’ambition d’une approche analytique de l’architecture navale prend forme à la Renaissance dans la société occidentale moderne naissante. L’architecture navale théorique, ses objets d’étude et ses problématiques se sont construits historiquement. Depuis les écrits des ambitieux savants du XVIIe siècle – inspirés par l’entreprise de rationalisation d’une société moderne et les projets de géométrisation des sciences naturelles – les développements de l’architecture navale théorique se sont rapidement heurtés aux limites des modèles mathématiques à représenter la complexité des phénomènes réels mis en jeux dans la construction et la navigation. Mais, au XVIIIe siècle, la vision que déployèrent quelques géomètres et ingénieurs, au delà de la pluralité des phénomènes observés, semble avoir nourri l’ambition de ces hommes à transgresser les frontières entre le royaume de la pure abstraction et celui de la réalité pratique. Au sein de la luxuriance du monde, il existe des arrière-plans théoriques capables de dissoudre les contingences et les particularités. Les concepts de point vélique, de métacentre, de solide de moindre résistance, de ligne de courant… prennent ainsi forme. Le navire et l’environnement dans lequel il évolue forme un système physique complexe, paramétré par un grand nombre de variables interdépendantes. L’idéal d’une complète maîtrise de ce système est à l’origine du désir de progrès théorique de l’architecture navale.

A la fin du siècle des Lumières, l’architecture navale n’est encore qu’un système inachevé, livré à l’esprit des ingénieurs. Au carrefour entre rigueur déductive et synthèse constructive, la démarche des ingénieurs formés à l’Ecole d’Application du Génie Maritime est représentative de la fonction que l’ingénieur du XIXe hérite de la tradition du XVIIIe. Il s’agit de faire converger théorie savante et pratiques tâtonneuses pour servir les intérêts multiples d’une société industrielle naissante : intérêts techniques, industriels, économiques, politiques et patriotiques. Dans cet effort, un véritable discours sur les sciences et les techniques navales s’établit : une techno-logie maritime, à travers laquelle on tache d’évaluer les outils et d’orienter les développements de l’architecture navale.

L’analyse critique des éléments de cours professés par l’ingénieur Philippe-Jacques Moreau, à l’Ecole Spéciale du Génie Maritime dans les années 1815-1830, en plus de témoigner de la formation que reçoivent les futurs ingénieurs du corps du Génie Maritime, nous éclaire sur la nature et l’état de développement de ce système de connaissances et le discours qui l’accompagne.

L’étude historique des développements de l’architecture navale et du génie maritime est une opportunité de revisiter, à partir d’un cas particulier, les conditions de l’établissement d’une des figures pivot de la société moderne : l’ingénieur, mais aussi de mettre en évidence les contrariétés, les faiblesses et les allotélies du programme dans lequel il fut enchâssé.

 Mots clefs : ingénieur, Génie Maritime, architecture navale, théorie du navire, espace des techniques, progrès, modernité

Abstract

The origins of the art of shipbuilding and the practice of navigation date back to the beginning of mans desire to conquer the globe from its African cradle. The diversity of vessel shapes and manufacturing techniques seen around the world demonstrates an extensive and diversified development, based on experiences at sea, technical creativity and tradition.

The desire for an analytical approach to naval architecture took place during the Renaissance with the emergence of a modern Western society. Theoretical naval architecture, its studies and problems incurred have been historically documented. Since the writings of ambitious scholars of the XVIIth century – inspired by the idea of the rationalisation of a modern society and the aspects of geometric natural sciences – the development of a ship theory was soon faced with the limitation of mathematical models and the complexity of the phenomena found in building and navigation.

However in the XVIIIth century, the vision of a few scholars and engineers managed to surpass the boundaries that had previously been imposed on the realm of pure abstraction and of practical reality. Within the luxuriance of the world, there were theoretical backgrounds able to dissolve contingencies and particularities. The concepts of point vélique, metacentre, solid of least resistance, streamlines … were taking shape. The vessels and the environment in which they evolved formed a complex physical system, configured by a large number of interrelated variables. The ideal of complete control of the system was behind the desire to advance theoretical naval architecture.

At the end of the Enlightenment, naval architecture was still an incomplete system, at the mercy of engineers. At the crossroads between deductive rigor and constructive synthesis, the approach of engineers trained at the l’Ecole Spéciale du Génie Martime represented the functions that XIXth century engineers had inherited from the traditions of the XVIIIth century. They applied theory and practice to serve the multiple interests of a young industrial society: technical, industrial, economic, political and patriotic. By doing this, a discourse on naval sciences and techniques was established: maritime technology, through which today one tries to evaluate and guide the future development of naval architecture.

Critical analysis of the lessons given by the engineer Philippe-Jacques Moreau, at l’Ecole Spéciale du Génie Martime in the 1815-1830 s, plus eye witness accounts from the training given to future engineers of the Corps du Génie Maritime, sheds light on the nature and state of development and the discourse that accompanied it.

The study of historical developments in naval architecture and marine engineering is an opportunity to revisit, often from an individual case, the conditions in which a pivotal figure of modern society was established: the engineer. It also serves to highlight contrarieties, the weaknesses of the programs in which they were embroiled.

Key Words: engineer, Génie Maritime, naval architecture, ship theory, progress, technology, modernity

Lien vers le mémoire:

L’ingénieur, le génie maritime et l’idée de progrès théoriques de l’architecture navale à l’aube du XIXe siècle_30082016_PDF_final

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